Un effet de simple exposition pour les croyances

 

En psychologie, on appelle “effet de simple exposition” le fait que l’on a tendance à préférer un objet qu’on a déjà vu (ce que les publicitaires se sont évidemment empressés de prendre en compte). Un phénomène similaire vient d’être mis à jour dans le cadre des croyances et des “fake news”. Pennycook et ses collègues ont montré (dans un article non encore publié mais dont un preprint est disponible ici) que le simple fait d’avoir déjà vu une fausse nouvelle la rend plus crédible et plus juste à nos yeux. Ce phénomène explique la prodigieuse santé des rumeurs sur Internet, qui, en combinant cet effet de simple exposition et la création de “bulles” massives où tout le monde a les mêmes opinions, peut rendre crédibles des histoires totalement inventées et manifestement fausses. Voici une traduction du résumé de l’article :

L’élection présidentielle américaine de 2016 a attiré l’attention sur le phénomène des « fausses nouvelles » (fake news), des récits entièrement inventés et souvent très partisans, présentés comme des informations véritables. La désinformation de ce genre constitue une menace majeure pour la démocratie. Qu’est-ce qui explique le succès de fausses nouvelles sur les médias sociaux (et ailleurs)? Ici, nous démontrons un mécanisme cognitif qui sous-tend la crédibilité des fausses nouvelles : la familiarité. Les travaux antérieurs portant sur l’effet de vérité illusoire a montré que la familiarité augmente la justesse perçue de déclarations plausibles et inoffensives (mais pas nécessairement vraies). Nous cherchons ici si cet effet s’étend à des déclarations hautement invraisemblables et partisanes. En utilisant de faux titres d’actualités présentés comme ils sont vus sur Facebook, nous montrons que la réponse est oui : même une exposition unique augmente l’impression de précision, à la fois lors de la session et après une semaine de délai. De plus, l’impression de justesse accrue pour les faux titres d’actualités familières se produisent même lorsque les histoires sont explicitement étiquetées comme contestées par des vérificateurs de fait ou sont incompatibles avec l’idéologie politique du lecteur. L’effet est également évident lorsqu’il n’y a pas de conscience d’avoir déjà vu le titre. Globalement, nos résultats indiquent que la familiarité est utilisée de manière heuristique pour déduire la justesse. Ainsi, la propagation de fausses nouvelles est soutenue par des processus cognitifs de bas niveau qui rendent les déclarations même très peu plausibles et partisanes plus crédibles avec la répétition. Nos résultats suggèrent que les chambres d’écho politiques isolent non seulement des points de vue opposés, mais aussi contribuent à créer des chambres d’incubation pour des rumeurs partisanes totalement fausses (mais très saillantes et politisées).

Référence

https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2958246