Humilité intellectuelle : l’importance de savoir que l’on peut se tromper

Javier Zarracina/Vox

Résumé en français de l’article Intellectual humility: the importance of knowing you might be wrong de Brian Resnick publié en ligne sur Vox

Dans son article, Brian Resnick milite pour développer l’humilité intellectuelle dans notre culture.

S’appuyant sur l’exemple de la recherche scientifique, il nous encourage à dépasser nos préjugés pour chercher à être plus humbles intellectuellement.

Qu’est-ce que l’humilité intellectuelle ?

Selon Mark Leary, l’humilité intellectuelle c’est « reconnaître que les choses auxquelles on croit peuvent en fait être fausses ». C’est donc une méthode de réflexion qui prend en compte la possibilité que l’on peut se tromper. Rechercher l’humilité intellectuelle ne signifie pas abandonner toute certitude, mais choisir ses convictions avec soin, rechercher leurs défauts et accepter de les réajuster.

Un bon exemple d’humilité intellectuelle est celui incarné par la méthode scientifique : lorsqu’il fait une expérience, un scientifique travaille notamment contre sa propre hypothèse, tout en essayant d’éliminer toute autre explication alternative, avant de donner sa conclusion.

Hors du cadre scientifique, les personnes qui obtiennent des résultats plus élevés aux questionnaires d’humilité intellectuelle sont plus disposées à entendre des points de vue opposés et recherchent plus facilement des informations en conflit avec leur vision du monde. Ces personnes accordent aussi plus d’attention aux preuves. Lorsqu’elles donnent une réponse incorrecte, elles s’en rendent plus facilement compte et sont également plus susceptibles d’admettre quand elles ont tort.

En conclusion, l’humilité intellectuelle est une vertu qui valorise la vérité sans pour autant stigmatiser l’erreur, à condition qu’on soit capable de la reconnaître.

Pourquoi est-ce si difficile d’être intellectuellement humble ?

La difficulté à percevoir ce que nous ne savons pas fait partie de notre condition humaine. Une illustration de notre aveuglement devant notre propre ignorance est l’effet Dunning-Kruger : moins on est compétent, plus on a tendance à surestimer nos capacités.

De plus, nous nous basons parfois (inconsciemment) sur des indicateurs imprécis pour considérer une information comme vraie ou non. Par exemple, le professeur Chris Chabris explique que lorsqu’une pensée nous vient immédiatement et sans effort, elle nous semble vraie. Or, lorsque vous entendez quelque chose pour la deuxième ou la troisième fois, votre cerveau y répond plus vite, et cette fluidité vous donne une impression de confiance. C’est pourquoi un mensonge répété plusieurs fois a plus de chance d’être considéré comme vrai.

En plus de nos limitations cognitives, d’autres obstacles à l’humilité intellectuelle viennent de notre culture : d’une part, notre société promeut et récompense beaucoup la confiance et l’arrogance (l’élection de Trump illustre sans doute bien cela). D’autre part, quand on s’est trompé, il peut être socialement très difficile de l’admettre, notamment par crainte de l’humiliation.

Comment promouvoir l’humilité intellectuelle ?

Tout d’abord, rappelons à tous qu’il est normal et humain d’avoir tort. Il faut se rendre compte que notre cerveau est biaisé et qu’il risque parfois de nous tromper. Lorsque l’on apprend comment fonctionne le cerveau, comment nous percevons le monde, il devient difficile de ne pas être plus modeste.

Ensuite, dire publiquement que l’on s’est trompé demande à la fois du courage et un environnement dans lequel cette démarche est acceptée et encouragée. Beaucoup d’entre nous craignent d’être perçus comme moins compétents, moins dignes de confiance si nous admettons avoir eu tort. Pourtant, comme le chercheur Adam Fetterman l’a montré dans ses études, l’admission d’erreurs n’est généralement pas jugée sévèrement. Encore plus surprenant, admettre ses erreurs est une pratique bénéfique à la réputation parmi les scientifiques, malgré leur impression contraire.

Pour construire une culture qui récompense l’humilité intellectuelle, la reconnaissance de l’erreur peut être davantage célébrée. Cela comprend la construction d’endroits sûrs permettant aux gens d’admettre qu’ils se sont trompés, comme le Loss of Confidence Project, où les chercheurs peuvent exprimer leur perte de confiance en leurs résultats passés.

 

En conclusion, l’humilité intellectuelle est une démarche nous permettant de dépasser nos erreurs et nous aidant à construire des convictions plus justes. Cela demande un travail sur soi, mais aussi la construction d’un environnement propice, c’est-à-dire d’une société où l’arrogance n’est pas autant valorisée et où l’humilité peut prospérer. Dans un monde où nous sommes de plus en plus confrontés à des informations contradictoires, encourager l’humilité intellectuelle demandera beaucoup d’efforts mais s’imposera comme une nécessité.

 

 

Audrey Bedel

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