Les capacités cognitives ne sont pas suffisantes pour diminuer l’adhésion aux croyances non fondées

Résumé en français de l’article Unfounded beliefs among teachers: The interactive role of rationality priming and cognitive ability écrit par Jaïs TroïanDenis CarotiThomas Arciszewski et Tomas Ståhl, publié dans Applied Cognitive Psychology.

 

La présente étude s’inspire de recherches antérieures indiquant que les capacités cognitives doivent être associées à une motivation à être rationnel et à fonder ses opinions sur des preuves pour faire diminuer l’adhésion à des croyances non fondées (croyances surnaturelles et mentalité conspirationniste). Sur la base de ce travail, nous avons cherché à déterminer s’il était possible « d’activer » cette motivation à être rationnel de manière subtile, et si cela était suffisant pour renforcer la relation négative entre les capacités cognitives et les croyances non fondées. Pour cela, nous avons testé deux groupes équivalents d’enseignants du second degré français (762 en tout), le premier étant « amorcé » par une simple question demandant aux sujets de juger à quel point ils se jugeaient comme étant des personnes rationnelles.


Nous avons pu démontrer que cet amorçage, même subtil, renforçait la relation négative entre les capacités cognitives et les croyances surnaturelles non fondées, ainsi que la mentalité conspirationniste,
et ce d’autant plus que les sujets se déclaraient être des personnes rationnelles. En d’autres termes, la diminution de l’adhésion aux croyances non fondées est liée négativement aux capacités cognitives que dans le cas de personnes se déclarant être rationnelles. Notons que si cette amélioration de la rationalité détermine complètement le lien entre capacités cognitives et mentalité conspirationniste, elle ne sert qu’ à amplifier la relation entre capacités cognitives et croyances surnaturelles.


Ces résultats ouvrent des pistes intéressantes d’application pédagogiques. Des études antérieures ont montré qu’il est possible de promouvoir un scepticisme argumenté à l’égard de croyances non fondées en fournissant aux gens des contre-arguments spécifiques, l’inconvénient étant que de telles interventions ne ciblent que certaines affirmations, et qu’elles peuvent par ailleurs entraîner un effet rebond. En revanche, ces résultats confirment que les interventions pédagogiques visant à développer l’esprit critique pourraient être ciblées, non pas sur des sujets spécifiques, mais plus généralement sur la motivation des personnes à être « épistémiquement rationnelles », c’est-à-dire à reconnaître la valeur de la connaissance et à fonder leurs opinions sur des preuves fiables. Le recours à des stratégies pédagogiques allant dans ce sens, comme le choix de thématiques dont l’intérêt et l’enjeu sont perçus et en rapport avec les motivations du public cible (comme une utilité dans la vie de tous les jours), ou la mise en valeur (et désirabilité) de vertus épistémiques tendant vers la valorisation des connaissances, nous semblent des pistes intéressantes dans le cadre d’enseignements dont l’objectif est la formation de l’esprit critique.

 

Denis Caroti

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